Ainsi, s’ils demeurent encore juridiquement dans la catégorie des biens et font l’objet d’une exploitation économique, la réglementation accorde aux animaux un statut reconnaissant qu’ils font, tout comme nous, l’expérience sensible du monde à titre individuel et conscient. Le vocable anglo-saxon d’êtres « sentients » (sentient beings) correspond mieux à cette double caractéristique du vivant, qualifiant les individus à la fois sensibles et conscients d'eux-mêmes.
Comme tout vertébré doté d’un système nerveux central, les animaux d’élevage ressentent ce qui leur arrive. Ils éprouvent des émotions (la peur, la joie, l’inquiétude, la satisfaction, …) et parfois des sentiments complexes (la jalousie, l’empathie…). Ils expriment ainsi des préférences, issues tant de leurs besoins physiologiques et comportementaux biologiques que de leur propre expérience d’individu « sentient ». Ces préférences et ces besoins peuvent se décliner selon plusieurs registres :
Afin d’apprécier la qualité du bien-être animal en élevage, il est souvent fait référence aux « cinq libertés ». Définis par le Farm Animal Welfare Council (Royaume-Uni), ces principes établissent que le bien-être d’un animal est assuré lorsque les conditions suivantes sont réunies :
Si cette définition multi-critères constitue une grille utile permettant d’identifier des situations altérant le bien-être des animaux, elle demeure une définition en négatif, reposant sur l’absence de mal-être. Aussi, depuis quelques années, les débats autour du bien-être animal se fondent davantage sur une approche éthologique, et sur la mesure de caractères physiologiques et comportementaux. Ceux-ci incluent la mortalité, la morbidité, l’état physique et sanitaire, la capacité à exprimer des comportements spécifiques (incluant les interactions sociales, l'exploration, le jeu ...), et tiennent également compte du rôle actif que peut jouer l'animal et de ses capacités d'adaptations, d’apprentissage, d’anticipation, etc.
Une attention particulière est portée à la capacité des animaux à exprimer l’ensemble de leur répertoire comportemental, tant les émotions d’un animal et son état psychologique constituent des critères déterminants dans l’évaluation de son bien-être. Ces derniers ne sont pas nécessairement liés à son seul état de santé ou à la simple absence de douleur physique.
Certaines mesures du bien-être animal fournissent des informations sur les besoins et les états affectifs des animaux, tels que la faim, la douleur et la peur, souvent en mesurant l'intensité de leurs préférences, motivations et aversions. D'autres enfin évaluent les modifications ou les effets physiologiques, comportementaux et immunologiques que présentent les animaux en réponse à différentes sollicitations. Ce type de mesure peut déboucher sur des critères et indicateurs utiles pour évaluer l'influence des différentes méthodes d'élevage sur le bien-être animal :
Toutefois, contrairement à une opinion très répandue, une forte productivité n’est pas toujours synonyme de bien-être (sélection génétique, immobilisation, suralimentation ..), et les pathologies liées à une productivité excessive n’ont pas nécessairement le temps de s’exprimer si la durée de vie de l’animal est courte.
Par les efforts auxquels elle est prête à consentir, une poule libérée d’un élevage en batterie indique dans l’expérience ci-dessous que son besoin de pondre dans un nid est un besoin premier. Par extension, l’expérience renvoie aux frustrations que peuvent connaître les poules élevées dans des conditions où la satisfaction de leurs besoins comportementaux leur est refusée.
Expérience réalisée par l’ASAB (Association for the Study of Animal Behaviour), extrait du film
par Florence Burgat et Robert Dantzer, in Le mangeur et l’animal. Mutations de l’élevage et de la consommation. Autrement, Coll. Mutations/Mangeurs, N°172, Paris, 1997
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par Daniel Guemené et Jean-Michel Faure, INRA, Productions animales, 2004
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par Isabelle Veissier (Agribea), C. Beaumont, F. Lévy, INRA, Productions animales, 2007
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